Aucune femme ne sait mentir aussi bien que la peinture. C'est l'apparence qui ment sur le fond.

La peinture de Michèle Battut fait en sorte que le bon public croit à un hyper-réalisme dur et pur. Rien n’est plus trompeur, plus éloigné d'une traduction au mot à mot du monde visible.

Fausse innocente - je la connais bien! Michèle Battut, ou plutôt ses œuvres, ont un endroit et un envers. C'est cet envers que j’aime. J'aime les ombres, dans cette peinture claire; les ambiguïtés, dans ce qui paraît une calme évidence.

Une toile de Michèle Battut m’a fasciné. Est-ce une buvette de ville d'eau révolue ? Quelque ancienne station de métro ? Se déploie une marquise immense, telle un pavillon de vieux phonographe, couleur d'aile de libellule ; quelques chaises attendent des fantômes. Malheur aux curistes ; malheur à 1 'imprudent voyageur qui ne reviendra pas.

Je connais un monsieur qui a fait copier, en mosaïque, au creux de sa piscine, un superbe tapis d'orient. Là où il n ÿ a que trente centimètres d'eau, le dessin oriental est limpide... Dès que l'épaisseur de l'eau atteint deux ou trois mètres, le dessin se brouille en curieuses fantasmagories, des reflets de pierres précieuses jouent à la surface, s’ébauchent des figures hallucinatoires.

Penchez-vous sur les œuvres de Michèle Battut et laissez monter vers vous, des profondeurs, leurs mystères irrésolus.

Mac'Avoy, 
Artiste peintre