Il faut être poète pour saisir en la réalité ces instants privilégiés dont la qualité nous conduit à la connaissance d’un monde plus authentique que celui qui nous apparaît. Poète et peintre, c’est tenant le fil de rêve que les fées ont mis en sa main que Michèle Battut nous entraîne au fond de la « Caverne » chère Malraux. Autant d’invitations à la découverte à la méditation, autant d’ouvertures sur un monde de rêves et de rêves et de mirages où notre amie trouve en des expressions nouvelles la puissance persuasive de ses créations originales.

Elle a peint à satiété tout ce que le soleil éclaire ; alors sont apparues les plus belles moissons, les plus beaux fruits du monde.

Puis elle s’est penchée sur ce que font les hommes et ce fut une autre affaire. Là où tout s’organise se règle s’uniformise ; là où l’ennui naît avec la monotonie, elle a choisi ceux qui éclairent leur vie et leurs actes d’une liberté qu’un grain de folie fertilise, ceux pour qui « Le Réalisme irréel des poètes » cher à Cocteau, devient, échappant au temps et à la raison cartésienne, par une conjugaison heureuse de lignes, de formes et de couleurs un objet, une chose, un visage qu’une passion habite.

Avec elle nous les suivrons en ces lieux, échos de leurs espoirs ; en ces chemins du crépuscule, en ces déserts, ces plages mortes, nous verrons ces maisons murées que le remords hante, puis nous traverserons ces villes abandonnées aux architectures folles.

Partout en un climat insolite, Michèle Battut nous les a traduites en des œuvres d’une extrême clarté, au dessin volontaire, qu’une couleur exaltée par la matière anime et vivifie.

Georges Cheyssial, 
Artiste peintre,
Membre de l’Institut, 
Président de la Fondation Taylor